Épargne 2017 (livret A, assurance-vie) : ce que les taux bas vont changer

Avec la BCE qui fait fumer la planche à billets, les banques peuvent aujourd’hui emprunter pas cher (0,05 % !), et se décharger des créances d’État via le programme QE. Alors quand l’argent coûte moins cher, forcément il rapporte moins.

Le ministère des finances a dû taper du poing sur la table pour maintenir la rémunération du livret A à 0,75 %, et les assureurs ont dû prendre plus de risques pour proposer un rendement intéressant aux assurances-vie en support euros. Ainsi les règles de prudence habituellement observées par les gestionnaires ont dû être chamboulées, afin de ne pas complètement désintéresser les ménages français. Mais cette dérogation n’est pas de tout repos, petit tour ce que les faibles taux de rémunération de l’épargne pourraient changer cette année.

Moins de logements sociaux


Le directeur de la Banque de France, Christian Noyer, ne décolère pas. Pour lui on aurait dû descendre le taux de rémunération du livret A à 0,50 %, plutôt que de le maintenir à 0,75 %. Dans la pratique il aurait même dû s’établir à 0,25 %, sa méthode de calcul correspondant au niveau de l’inflation plus 0,25 %. Or l’INSEE ayant calculé que les coûts de la vie n’ont pas évolué, le livret A devrait donc offrir aujourd’hui un rendement de 0,25 %.

Mais au nom du pouvoir d’achat des ménages le ministre des finances, Michel Sapin, a refusé et le directeur de la Banque de France ne l’a pas digéré. Car en offrant une rémunération élevée, on oblige la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) à prêter plus cher.

Or les organismes HLM se financent justement dans cet établissement, ce qu’elles devront donc continuer à faire au-delà de 0,75 % afin de permettre à la CDC de conserver sa marge. Et pour Christian Noyer cela signifie que l’on financera moins de logements sociaux.

Les ménages ont moins envie d’épargner


Bonne nouvelle, les Français ne sont finalement pas si pessimistes que cela. Selon l’indicateur de conjoncture sur la confiance des ménages de l’INSEE, le moral de nos compatriotes augmente, pour rejoindre son plus haut niveau depuis mai 2012. Peu importe si cela reste en dessous de la moyenne historique, M. et Mme Toutlemonde sont plus confiants dans leur situation personnelle.

En revanche ils sont moins nombreux à estimer qu’il est « opportun d’épargner », l’indice de confiance diminuant de 2 points par rapport au précédent. Ces données rejoignent les nombreux autres sondages accessibles gratuitement sur le Web, aujourd’hui les ménages considèrent que leur situation économique les a empêchés d’épargner comme ils auraient voulu. 

Après tout il n’est plus forcément pertinent de se priver, tout ça pour faire gonfler un bas de laine qui ne rapportera pas grand-chose.

L’agence de notation Fitch Ratings s’inquiète des taux d’assurance-vie


L’assurance-vie en euros à capital garanti et un support privilégié de l’épargnant français. Après plusieurs crises économiques provoquées par les turpitudes de traders fou et de conseils d’économistes qui n’ont rien vu venir, la prudence est de rigueur. Or l’avantage du fonds en euros est que le capital est garanti, même en cas de faillite de l’assureur. La chute aussi spectaculaire qu’inattendue du géant Lehman Brothers, prouve que personne n’est à l’abri.

Alors les ménages français choisissent la sécurité, et placent pas moins de 199 milliards d’euros, pour une collecte nette de 21 milliards d’euros selon les estimations de la FFSA (Fédération Française des Sociétés d’Assurances). Constitution d’un apport pour réaliser un projet immobilier, complément de retraite ou simple épargne de sécurité, au final les actifs détenus par les assureurs ont augmenté de 9 % en 1 an.

le rendement de l'assurance vie

Et pour couronner le tout le rendement du support euros avoisine les 2,5 %, soit une petite baisse de 0,3 point par rapport à l’année dernière. Le résultat est bien accueilli par les épargnants français, mais Fitch Ratings fait grise mine.

Selon l’agence de notation ce taux de rémunération est trop élevé, et risque de « réduire les marges des assureurs qui investissent sur des actifs dont les taux sont inférieurs aux rendements qu’ils proposent ». Les analystes emboîtent donc le pas de Christian Noyer (encore lui), qui invitait déjà les assureurs l’année dernière à moins rémunérer les souscripteurs.

Mais les assureurs ont tout de même réussi à se débrouiller cette année, au prix de positions plus risquées. Eux qui d’habitude se tournaient vers les dettes d’État ont investi dans des obligations d’entreprise, certes plus risquées mais plus rémunératrices.

Et pour partager ce risque avec leurs clients, les conseillers tentent maintenant de les pousser vers les contrats en unités de compte. Ils mettent en avant les 4,7 % de rendement moyen de ce type de support l’année dernière, qu’ils estiment plus intéressant pour l’épargnant.

Les Français ont décidé de se serrer la ceinture pour faire des économies

Un sondage réalisé par Ipsos pour le compte de la banque ING révèle un effet plutôt inattendu de la crise économique sur les ménages. Un Français sur 2 estime que « l’impact de la crise a eu un effet négatif sur ses finances ». En conséquence, 83 % d’entre eux ont mis en priorité leurs finances dans leur liste des bonnes résolutions.

faire des économies

Ils sont 39 % à faire savoir que le montant de leur épargne a diminué l’année dernière, par ailleurs 35 % d’entre eux pensent qu’ils n’ont pas suffisamment économisé. En juillet 2014, l’INSEE plaçait le taux d’épargne des Français à 15,9 %. Ils ne dérogeront pas à la règle cette année, 40 % d’entre eux ayant annoncé avoir l’intention de mettre de l’argent de côté.

Rien de nouveau jusqu’ici, si ce n’est la surprenante résolution dès 34 % des personnes interrogées de diminuer leurs dépenses alimentaires. Situation plutôt paradoxale, car la faiblesse des taux de crédit actuels permet un regroupement de dettes débouchant sur une diminution des mensualités. Or les ménages interrogés ne sont que 24 % à afficher leur intention de réduire leurs dettes personnelles.